La grande histoire des signaux parisiens
La décennie 1920 est le point de commencement des signaux lumineux de régulation du trafic automobile à Paris. Les études pour l'implantation du premier signal débutent en 1921, et se concrétisent en 1923 avec l'équipement du premier carrefour, boulevard de Strasbourg.
Dans la foulée, d'autres équipements urbains lumineux apparaissent en complément des feux de signalisation : bornes basses, bornes hautes de refuge et panneaux de signalisation lumineux.
Les premiers feux de Paris
L'intersection du boulevard de Strasbourg et des Grands Boulevards a été la première à être équipée d'une alternance de la circulation commandée manuellement le 19 décembre 1922. Quatre phares lumineux portant la mention "HALTE" ont été disposés à chacune des quatre branches du carrefour. Chacun d'entre eux est équipé d'une sonnerie qui est actionnée pour prévenir du passage à l'arrêt d'une voie.
Un tableau de commande sur lequel était disposé un commutateur tournant, un interrupteur de coupure générale ainsi que quatre interrupteurs va-et-vient correspondant à chacun des phares était placé au pied d'un candélabre.
Le commutateur muni d'une poignée était manoeuvré manuellement par un agent de la circulation qui pouvait ainsi effectuer un cycle de six positions symétriques :
1 - Arrêt boulevards de Strasbourg et Sébastopol, passage libre Grands Boulevards
2 - Enclenchement des sonneries pour prévenir d'un changement
3 - Allumage simultané des 4 phares, toutes les voies sont alors à l'arrêt (rouge intégral)
4 - Passage boulevards de Strasbourg et Sébastopol, arrêt Grands Boulevards
5 - Enclenchement des sonneries pour prévenir d'un changement
6 - Allumage simultané des 4 phares, toutes les voies sont à l'arrêt
D'autres installations similaires ont été testées au croisement du boulevard de Sébastopol et de la rue de Rivoli, puis place de l'Opéra. En 1924, un premier contrôleur qui a enchainé de façon automatique ce cycle de six phases a été testé.
Modèles de signaux à une et deux couleurs 1920-1930
Ces feux sont les premiers à avoir été fabriqués en France. Plusieurs modèles en cuivre avec une lentille en verre ont été mis au point au début des années 1920 et testés à Paris. Ils s'allumaient au moyen d'une lampe à incandescence.
La signalisation renforcée des sens interdits
Ces signaux lumineux avaient pour objectif d'attirer l'attention des automobilistes et conducteurs de véhicules hippomobiles, encore peu habitués aux rues en sens unique. Ils se composaient d'un coffre lumineux avec l'inscription "sens interdit" sur fond rouge. Le premier dispositif a été mis en place le 29 mai 1922 rue Hauteville. Il fonctionnait de 7h à 19h, soit 15 000 clignotements par jour.
Plusieurs modèles provenant de fabricants différents ont été installés au cours des années 1920 et 1930 : boule lumineuse sans feu rouge, coffre incurvé avec inscription et feu clignotant. L'esthétique de ces signaux déjà très travaillée était basée sur les lanternes d'éclairage public.
Les bornes de refuge
C'est au cours des années 1920 qu'aparaissent les premiers refuges pour piétons. Installés sur les grands boulevards de plus de 12 m de large, ces refuges sont placés au milieu de la chaussée, au niveau d'un passage clouté, et permettent aux piétons de venir s'y réfugier entre deux passages de véhicules. Ces refuges sont encadrés par deux bornes lumineuses à leurs extrêmités appelées bornes de refuge ou bornes hautes.
Le premier modèle de borne de refuge était réalisé en acier, et éclairé dans un globe à leur sommet par une flamme au gaz. Le gaz était amené dans la borne au moyen de canalisation en plomb gérée par la Société du Gaz de Paris, également en charge de la maintenance de ces bornes. Le fût en acier était percé de trous afin que la gaz puisse s'en échapper en cas de fuite. Ce modèle de borne de refuge a été abandonné au milieu des années 1930.
Le deuxième modèle de borne de refuge utilisé à cette époque à Paris était de forme hexagonale et réalisé en bronze. Peinte de couleur blanche, cette borne était conçue par le fabricant Saunier Duval Frisquet. Elle avait l'avantage d'être éclairé dans sa totalité, contrairement au premier modèle évoqué ci-dessus. Sa conception permettait aussi de les remplacer sans avoir à refaire l'ilôt. À la fin des années 1930, ces bornes ont commencé à être électrifiées.
En 1939, 1360 bornes de refuge étaient utilisées à Paris, dont 800 au gaz et 560 à l'électricité. Ces bornes ont été remplacées après-guerre par des modèles plus perfectionnés (voir la période 1940-1950), et aucun exemplaire n'a été conservé à ce jour.
Premier appel piétons
Si les premiers signaux lumineux de Paris étaient avant tout destinés à la circulation automobile, leur usage s'est très rapidement étendu à la sécurité des passages cloutés. Dès 1931, le passage situé entre le pont des arts et le musée du Louvre, sur l'actuel quai François Mitterrand, a été équipé de deux feux rouges lumineux à destination des véhicules et des tramways et d'un bouton poussoir à destination des piétons, qui leur permettait d'allumer les signaux destinés aux véhicules afin de traverser. À partir de 1935, ce passage clouté a été complété par d'autres signaux lumineux à destination des piétons qui comportaient les mentions "ATTENDEZ" et "PASSEZ", conçus par le fabricant Salas. C'est la première installation de microrégulation en France.
La microrégulation du carrefour de la rue du Ranelagh
La microrégulation est une régulation adaptative locale du trafic dont l'objectif est de sécuriser les lieux de conflits et de fluidifier la circulation dans un secteur donné. Après l'expérimentation concluante de la traversée piétonne du pont des Arts en 1931 par un bouton poussoir actionné par les piétons, une deuxième expérimentation a eu lieu le 4 avril 1932 au carrefour boulevard de Strasbourg-boulevard St Denis afin qu'une automobile roulant à 15 km/h puisse franchir trois feux sans s'arrêter.
Au début des années 1930, l'intersection de la rue du Ranelagh et de la rue de Boulainvilliers a été équipée de feux unicolores, comme d'autres carrefours parisiens à cette époque. Mais en 1932, ce carrefour a été choisi pour accueillir les premiers feux à deux couleurs associés à un dispositif de détection des véhicules, sur l'initiative du préfet de police Jean Chiappe.
Il s'agit de l'adaptation d'un système anglais composé d'un contrôleur électromécanique et de pédales de détection : en roulant sur ces pédales, les véhicules eux-mêmes commandent le réglage des feux de circulation en actionnant les feux des voies adverses pendant 11 secondes. Lorsque les feux rouges s'éteignent, un feu jaune clignotant s'allume pour indiquer aux automobilistes de ralentir, et lorsqu'il s'éteint, le passage est libre. C'est le début de la régulation du trafic routier. Ce système a été généralisé aux grands carrefours de Paris à partir de 1935, avec des feux tricolores.
Les expérimentations se poursuivent
De nombreuses expérimentations de signaux lumineux vont avoir lieu au cours des années 1920 et 1930, plus ou moins concluantes. Ces signaux sont issus de recherches françaises dont certaines sont notamment inspirées des domaines ferroviaires et maritimes, ou inspirées d'installations étrangères.
En 1925, un signal ovale comportant la mention HALTE, associé à un feu unicolore et une sonnerie a été employé à plusieurs carrefours.
En 1927, quatre signaux orientés chacun vers une voie ont été placés au centre de l'intersection des rues Richelieu et du 4 septembre.
L'architecte de l'arrivée des feux de circulation à Paris était le préfet de police Jean Chiappe, en poste de 1927 à 1934. Il a contribué au développement de la régulation du trafic et du développement de la signalisation lumineuse.
À partir de 1934, les feux à trois couleurs vont progressivement remplacer les feux à une et deux couleurs et les feux à sonnerie (lire ci-après). Un essai d'un signal à trois couleurs de forme circuliare fixé sur une borne de refuge a eu lieu en 1937 au carrefour de la place de la Trinité.
La généralisation des feux tricolores
Au milieu des années 1930, plusieurs dispositifs différents de signalisation lumineuse sont en service à Paris : feux unicolores rouge, feux bicolores, feux tricolores. Suite à la convention d'unification sur la signalisation routière signée à Genève en 1931, l'emploi des signaux à trois couleurs : rouge, jaune et vert, va se généraliser. Onze carrefours parisiens seront équipés de feux tricolores en 1934.
Le décret du 11 avril 1935, puis la circulaire du 11 juillet 1938 des ministères de l'intérieur et des transports, fixe les caractéristiques des signaux tricolores : Il y a trois feux posés verticalement et dans l'ordre suivant : rouge en haut, jaune au centre, vert en bas, et autant que possible à droite du courant des véhicules. La signification est la suivante : feu rouge, fixe ou clignotant : interdiction de franchir ; feu vert, fixe ou clignotant : voie libre ; feu jaune : le feu jaune joue le rôle d'intermédiaire entre les deux autres couleurs [...], l'emploi de ce feu est indispensable pour constituer la transition entre le vert et le rouge. Il est recommandé de l'employer comme intermédiaire entre le rouge et le vert.
Il a également été décidé d'implanter des signaux répétiteurs placés à 1,60 m du sol, à destination des véhicules arrêtés le plus près du signal. Certains de ces répétiteurs étaient pourvus d'une indication pour les piétons. Sur les carrefours importants, une troisième répétition est placée dans des clous lumineux fixés directement sur la chaussée.
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