La grande histoire des signaux parisiens
La décennie 1940 est majoritairement marquée par l'occupation de Paris, de juin 1940 à août 1944. Cela marque un coup d'arrêt au développement de la signalisation lumineuse de Paris. Les nazis vont marquer la signalisation de la capitale de leur empreinte, tout d'abord avec l'extinction de tous les signaux lumineux, puis avec la mise en place progressive de leurs propres signaux.
La décénnie 1950 est sans doute la plus prospère pour le développement de la signalisation tricolore de Paris. Le célèbre modèle de signal tricolore, encore utilisé aujourd'hui, sera adopté au début des années 1950, et de nombreux carrefours vont être équipés de signaux. Les signaux précédemennt implantés vont également être modernisés et se développer dans un soucis de sécurité routière, face à l'augmentation croissante de la circulation automobile dans la capitale française.
Modèles de signaux tricolores 1940-1950
À partir de la fin des années 1930, seuls des feux tricolores seront implantés à Paris, de forme et de fonctionnement identiques avec ceux que nous connaissons aujourd'hui. Au moins cinq fabricants différents ont fourni la ville de Paris au cours des années 1940 et 1950.
Modèles de signaux piétons 1940-1950
Modèles de signaux répétiteurs 1940-1950
Très peu de carrefours à feux tricolores sont équipés de signaux piétons à cette époque. Seuls quelques signaux SALAS des années 1930 subsistent à certains carrefours importants.
Dès la fin des années 1930, tous les feux tricolores ont été équipés d'un signal répétiteur. Deux modèles sont installés à Paris : le Saunier Duval et le Girardin. Certains sont équipés de signaux piétons sur leur tranche.
L'occupation (1940-1944)
La majorité des feux de signalisation en place à Paris ont été plongés dans le noir par les allemands, par soucis de sécurité lors des couvre-feux. Leur emploi était de toute façon superflu face à la diminution du trafic automobile, et notamment en 1941 lors de la pénurie d'essence. Les feux éteints sont pour la plupart restés en place. En l'absence d'éclairage public, de nombreux mâts ont été peints avec des rayures blanches afin de les rendre plus visibles. Les allemands ont également retiré toutes les bornes de refuge.
À cette époque, le mobilier urbain électrique, dont les feux tricolores et les lanternes d'éclairage public, étaient réalisés en cuivre, un métal très convoité par les allemands pour l'utiliser dans la fabrication d'obus. Afin d'éviter que Paris ne se fasse dépouiller de son mobilier urbain, les employés de la Compagnie Parisienne de Distribution d'Electricité (CPDE), alors en charge de l'installation et de la maintenance de l'éclairage public et des feux tricolores à Paris, ont peint le mobilier en cuivre avec une peinture marron. Après-guerre, cette couleur a été conservée pour tout le mobilier urbain de Paris, on parle aujourd'hui de la couleur "brun de Paris" (RAL 8019).
L'après-guerre a été une période faste pour la signalisation lumineuse tricolore. Dès 1943, Robert Blancherie, alors directeur du fabricant E.V.R. basé à Aubervilliers, a activement sollicité le Commissariat à la Reconstruction par courrier en l'interpellant sur la nécessité de mettre en place des équipements de signalisation lumineuse tricolore.
À partir de 1945, (Paris a été libérée en août 1944), au moins 6 fabricants se partageaient le marché des signaux parisiens : Jean Neuhaus, EVR, Saunier Duval Frisquet, A.Durenne, et d'autres dont l'identitifcation n'a pour l'instant pas été possible compte tenu du peu d'archives restant de cette époque. Le matériel de régulation était quand à lui fourni par EVR, Saunier Duval Frisquet et Garbarini.
Les modèles Ville de Paris
Le signal principal
Jusqu'alors, la ville de Paris se contentait des modèles de signaux proposés par les fabricants, ce qui donnait une multitude de feux différents, et donc une multitude de pièces de rechange. Pour simplifier la maintenance et uniformiser le parc de feux, la mairie de Paris a mis au point son propre modèle au début des années 1950 .
Il s'agit d'un signal en tôle, équipé de lentilles en verre conçues par la verrerie Holophane. Sa forme trapézoïdale lui permet d'être orienté vers le trafic, pour une meilleure visibilité. Le feu rouge est équipé de deux lampes incandescentes par mesure de sécurité ce qui permet au signal de continuer d'être fonctionnel lorsque la lampe principale du rouge est hors service.
Ce modèle est fixé en top de mât, ou bien sur un système de tubes lui permettant d'être installé sur tous les supports pour faire face à toutes les situations : fixation latérale, suspendue, ou sur candélabre. Ce modèle a été fabriqué par la société de tôlerie industrielle Rousseau (groupe Robardey) de 1958 à 2004, et déposé à l'INPI par son inventeur, Nicolas Esposito. Il a également été installé dans quelques autres villes et notamment Marseille d'où était originaire son inventeur.
Le signal répétiteur
Dans la foulée du signal principal, la ville de Paris va également dessiner son propre modèle de répétiteur. Il ne ressemble pas du tout à son grand frère principal, il est arrondi aux extrêmités, et équipé de lentilles en verre. La répétition du signal piétons sur les flancs est maintenue pour les carrefours importants.
Sa fabrication était très probablement réalisée par les établissements Girardin qui était à cette époque un fabricant important d'éclairage public.
Une expérimentation de bandes blanches sur la face avant et la face arrière a été menée afin d'accroitre la visibilité des signaux répétiteurs, mais ça ne sera pas généralisé. C'est une réplique de ce modèle qui est toujours utilisé aujourd'hui.
La répétition arrière
La répétition du signal principal sur sa face arrière (signaux tricolores dits "double face"), a semble-t-il du poser quelques problèmes de compréhension des usagers. Car même si cette répétition a été jugée utile dès les années 1930 afin de donner une indication de l'état du signal aux usagers de la voie opposée, des expérimentations ont eu lieu dans les années 1950 pour supprimer cette face arrière et de ne laisser que la répétition du signal rouge, notamment pour les rues en sens unique. D'autres signaux avec une répétition arrière réduite ont également été installés.
Cette modification des signaux n'a cependant pas été adoptée, les signaux double face ont continué d'être utilisés jusque dans les années 1990, mais l'histoire a donné raison aux ingénieurs de la ville de Paris puisque seule la répétition du feu rouge sous forme de croix grecque, a été adoptée par la réglementation française dans les années 1990.
Le signal suspendu
Alors que les signaux suspendus sur câbles fleurissent à l'étranger, Paris semble échapper à ce type d'installation, très certainement par soucis esthétique. L'esthétique reste dominante en France, plus que partout ailleurs.
Un carrefour va cependant échapper à cette règle : celui de l'intersection de la rue Vercingétorix et de la rue du château, où un signal suspendu a été installé dans les années 1950. Son fabricant n'a malheureusement pas pu être identifié. Ce signal à 4 faces, fixe ou clignotant (difficile de se prononcer sur son fonctionnement), était renforcé au sol par des clous lumineux tricolores. La signalisation des piétons à ce carrefour était également assurée par un clou lumineux placé côté trottoir, au milieu du passage clouté.
Cette installation très particulière était très probablement le fruit d'une expérimentation car c'est la seule connue à ce jour, et elle a bénéficié d'un reportage photographique de la mairie de Paris, aujourd'hui conservé au sein de la Direction de la Voirie et des Déplacements.
Les signaux Ø160
Lorsque l'avenue des Champs-Elysées a été équipée de feux tricolores, l'architecte des bâtiments de France a refusé l'implantation de mâts au centre de l'avenue (il changera d'avis 60 ans plus tard). La présence d'un seul mât côté trottoir n'offrant pas une visibilité suffisante pour cette voie large de 30 mètres et de 4 voies de circulation, il a fallut trouver une solution qui convienne à tout le monde.
Un signal de taille réduite, mais de taille supérieure à un répétiteur classique a donc été mis au point au milieu des années 1950. Il s'agit d'un signal reprenant la forme d'un signal répétiteur, mais avec des lentilles de Ø160 mm de diamètre qui est placé sur des bornes lumineuses hautes installées sur des socles démontables car le centre des Champs-Elysées doit rester vierge lors du passage de convois officiels. Leur couleur est blanche, comme celle des bornes sur lesquelles ils sont placés.
Ce modèle de signal Ø160 sera par la suite installé à plusieurs autres endroit de la capitale, mais également utilisé en tant que répétiteur sur des carrefours importants comme celui du pont de l'Alma.
Ces installations en terre-plein central des Champs-Elysées ont également une autre spécificité qui demeure toujours aujourd'hui : le passage du métro sous la voie rend impossible le passage de câbles souterrains standard. Ce sont donc des câbles plus fins qui sont installés, mais extrêmement fragiles ce qui rend ces installations très vulnérables.
Les signaux mobiles
À partir de 1949, des feux temporaires montés sur des plateformes mobiles ont été utilisés à Paris afin de mettre en place de façon ponctuelle une régulation de la circulation suite à un évènement entrainant une augmentation momentanée du trafic routier.
Ces dispositifs, novateurs pour l'époque et qui sont les ancêtres des feux tricolores de chantier que nous connaissons aujourd'hui, sont composés de quatre ensembles comportant un mât avec un feu tricolore placé à 2,40 m de hauteur. La communication entre les différents feux se faisait par liaison radio, le feu avec le boitier de commande agent étant équipé de l'émetteur, et les trois autres signaux, pleinement autonomes, étant équipés chacun d'un récepteur. L'antenne radio était placée au sommet de chaque feu.
Chaque signal pouvait se brancher par câble sur le réseau électrique, mais ils étaient la plupart du temps alimentés sur des batteries, ce qui permettait d'assurer la gestion d'un carrefour sans aucun câble.
Les répétiteurs unicolores Girardin
Dans les années 1940, la ville de Paris a équipé de nombreux endroits (virages, intersections, déllimitation de tunnels, plateforme de régulation manuelle...), avec ces petits répétiteurs unicolores en cuivre de conception Paul Girardin Frères (PGF), probablement tous de couleur rouge. Un exemplaire rarissime de ce signal est aujourd'hui conservé au musée MEGE.
Dans les années 1970, une version plus moderne en fonte d'aluminium a été commercialisé par ce même fabricant, le signal Trinité.
Nouveaux mâts à base lumineuse
En 1956, un nouveau type de mât a été testé au carrefour de la place de la Madeleine. Il s'agit d'un mât trapézoïdal, dont la base de couleur blanche se compose d'un plexiglas à 4 faces derrière lequel se trouve deux tubes fluorescents. Elle est en plus renforcée par des catadioptres. La partie supérieure du mât est de couleur brun de Paris. Ce type de mât est fixé sur une base ronde en béton appelée socle Devaux. Le feu supérieur est fixé en top de mât, c'est à dire par le dessous, directement par un pas de vis intégré sur le dessus du mât.
Ces nouveaux mâts à base lumineuse, conçus spécialement pour la ville de Paris, sont utilisés pour renforcer la visibilité des signaux implantés au milieu de la chaussée, particulièrement sur les larges boulevards parisiens. Ce modèle surnommé "potelet carré", ou "potelet Mazas" est toujours utilisé aujourd'hui à Paris et fabriqué par la société de tôlerie Bowden SAS.
La régulation
En matière de régulation du trafic, les équipements aussi ont évolué. Les commandes manuelles utilisées jusqu'au début des années 1940 ont laissé leur place aux contrôleurs automatiques électromécaniques qui ont été généralisés à tous les carrefours. Plusieurs modèles ont été utililsés au cours des années 1950 : EVR Electromatic, Saunier Duval Frisquet, Westinghouse. Ces derniers étaient réputés comme étant les plus fiables. Le recalage horaire des contrôleurs se faisait au moyen du système Pulsadis, mis au point par EDF.
La coordination et la centralisation des carrefours
C'est en 1952 qu'est installé le Poste Cité, le premier poste central de régulation du trafic de Paris, dans le sous-sol du quartier général de la préfecture de police, sur l'île de la Cité. Il regroupait 100 carrefours de l'hyper-centre de Paris à sa mise en service, dont les plans de feux variaient manuellement ou automatiquement soit par des pédales de comptage du trafic, soit par horaire.
Le Poste Cité se composait d'un vaste synoptique avec 100 tiroirs de chaque côté permettant de régler chaque carrefour raccordé. Un tableau de commande général lui était associé et permettait de commuter le mode de fonctionnement du cycle, mais aussi de reccueillir les défauts détectés. Un agent de la préfecture de police lui était dédié en permanence.
En 1957, près de 40 postes de coordination des carrefours étaient en service à Paris dont l'équipement était réalisé par les ingénieurs du laboratoire d'EDF. Ces postes de taille plus modeste que celui de l'île de la Cité étaient intégrés aux armoires des contrôleurs pour les plus petits, ou ils étaient installés dans un local à part entière. Le raccordement des armoires des contrôleurs avec leur poste de coordination respectif se faisait au moyen de liaison filiale par des câbles téléphoniques en cuivre. L'un des plus importants était celui du secteur Maillot dont les équipements, modernisés en 1975, n'ont été déposés qu'en 2014.
La maintenance
La maintenance des équipements de signalisation lumineuse tricolore était associée à celle de l'éclairage public. C'est donc la Compagnie parisienne de distribution d'électricité (CPDE), devenue en 1946 le Centre de distribution d'électricité, filiale d'EDF, qui en avait la charge. Elle a dévelopée au fil des années un véritable savoir-faire dans son domaine, et a déposé de nombreux brevets d'invention (bornes et clous lumineux, commande de carrefour manuelle ou automatique, installations électriques....), mis au point par ses ingénieurs.
En 1955, une nouvelle concession est signée entre EDF et la ville de Paris pour la maintenance de l'ensemble des équipements électriques publics de Paris, dont 542 carrefours équipés d'une signalisation lumineuse électrique en 1959. Cette concession est illimitée et restera en vigueur jusqu'en 1987.
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