La grande histoire des signaux parisiens
La décennie 1960 est marquée par la poursuite de l'équipement de nombreux carrefours parisiens avec une signalisation tricolores. C'est aussi la période où de nouveaux dispositifs piétons vont être expérimentés et adoptés.
La décénnie 1970 va quand à elle marquer un tournant de modernité dans la SLT parisienne : mise en service du boulevard périphérique, rénovation urbaine, arrivée des tubes fluorescents. Cette décénie va également voir naitre une technologie qui va révolutionner la régulation du trafic à Paris : les contrôleurs électroniques.
Le premier signal piétons à figurines
C'est le 2 novembre 1965 que le premier signal piétons à pictogrammes a été installé à Paris : un dessin représentant un piéton vert en mouvement au milieu d'un passage clouté à gauche, et un dessin représentant un piéton rouge immobile attendant au bord d'un trottoir à droite. Ces feux construits en aluminium ont été mis au point par le fabricant E.V.R. situé à Aubervilliers (93).
À partir de 1974, c'est le fabricant lillois Théry Hindrick qui a remporté le marché de fourniture des feux piétons de la ville de Paris. Ces nouveaux feux piétons étaient à lampes incandescentes, et ont ensuite été modernisés avec des pictogrammes à LED au début des années 1990.
Le doublement des caissons piétons
La visibilité des signaux piétons à lampes incandescentes faisait parfois défaut, surtout lorsque ceux-ci étaient exposés au soleil, et c'est d'autant plus vrai sur les grands boulevards parisiens où les feux sont parfois distants de plusieurs dizaines de mètres. Pour pallier à ce problème de visibilité, les caissons piétons ont été doublés à partir des années 1970 : un feu du côté trottoir, puis un autre du côté du passage piétons. De cette façon, les piétons n'avaient qu'à lever la tête avant de traverser pour connaitre l'état du feu qui leur était destiné. Cette pratique a disparu avec l'arrivée des feux à LED au début des années 1990.
Expérimentation du décompteur piétons
En 1963, une expérimentation d'un signal décompteur à destination des piétons a été menée par les services parisiens de la circulation. Il s'agit d'un signal qui indiquait aux piétons le temps restant pour traverser (équivalent au temps rouge voiture).
Ce signal reste unique et très précurseur pour l'époque. Même les agences de presse feront le déplacement pour l'immortaliser, mais il ne sera pas généralisé. D'autres expérimentations de signaux décompteurs auront lieu plus tard à plusieurs reprises, avant que le décompteur piétons ne soit finalement autorisé dans la réglementation française, en juin 2022.
Mai 68
En mai 1968, un important mouvement de grève des étudiants et des ouvriers survient dans le pays, et particulièrement Paris dans le quartier latin. Des manifestations et des émeutes ont eu lieu, avec pour conséquence la construction de nombreuses barricades dans Paris.
Le mobilier urbain parisien, et particulièrement les installations de signalisation lumineuse tricolore vont être utilisés par les manifestants pour ériger des barricades. Près de 40 000 pavés ont été arrachés pendant ces évènements.
La Place des Fêtes
À la fin des années 1970, la place des Fêtes, située dans le 19ème arrondissement, fait l'objet d'une rénovation totale. Des tours d'habitation y sont construites, et son aménagement y est étudié dans les moindres détails.
À ce titre, le mobilier urbain est méticuleusement étudié. Ce sont les feux Ville Nouvelle du fabricant lillois Théry Hindrick qui sont choisis, notamment pour s'harmoniser avec l'éclairage public en forme de demi-sphère (modèle Roissy du fabricant Philips). Tout le quartier de la place des Fêtes sera équipé de ce modèle lancé en 1973 qui tranche singulièrement avec les modèles historiques parisiens.
Le même modèle sera de nouveau implanté sur un autre carrefour parisien dans les années 1990 (voir la section consacrée aux années 1980/90).
Les signaux Trinité
Dans les années 1970, un feu miniature à une seule couleur était utilisé pour la signalisation des obstacles : bordures de rond-points, ilôts centraux, mâts d'éclairage implantés en milieu de carrefour... Ils étaient réalisés par le fabricant Girardin sous le nom de Trinité, qui les a également commercialisé auprès de fabricants de portes automatiques. On en trouve encore aujourd'ui à certains carrefours de Paris, tous éteints, et plus surprenant au dessus de certaines portes de garage. Ils sont les héritiers du modèle en cuivre conçu par ce même fabricant dans les années 1940 (voir la section 1940>1950).
Nouvelle répétition arrière
Dès les années 1930 et l'apparition du signal à trois couleurs, la répétition arrière du signal a été généralisée à tous les carrefours. Même si celle-ci a longtemps été jugée utile afin de donner une indication de l'état du signal aux usagers de la voie opposée, cela ajoute parfois plus de confusion que de réelle utilité.
Des expérimentations ont donc été menées par les services de la ville de Paris. Outre la disparition pure et simple de la seconde face des signaux, une solution alternative a été trouvée. Les signaux répétés de la face arrière sont occultés pour ne laisser passer qu'un léger filet de lumière sous la forme d'une petite croix. Le signal rouge est quand à lui laissé intact.
Cette répétition atténuée inspirera la création de la croix grecque, adoptée en 1991, et désormais seule répétition arrière autorisée. Cependant, des signaux parisiens témoins de ces expérimentations des années 1970, sont restés en place jusque dans les années 2010.
L'arrivée des tubes fluorescents
Tous les feux de signalisation de la capitale fonctionnaient avec des sources lumineuses à lampes incandescentes. Ces ampoules à filament avaient une durée de vie limitée, ce qui obligeait le mainteneur de la Ville de Paris, EDF, a effectuer un remplacement préventir de toutes les lampes deux fois par an. À la fin des années 1960, le fabricant Silec a utilisé les tubes fluorescents, habituellement employés dans les enseignes de magasin, comme source lumineuse dans les feux de circulation.
Ces tubes fluorescents étaient réalisés en forme de serpentin et avaient l'avantage d'avoir une durée de vie bien plus élévée que les lampes à incandescence. EDF s'est intéressé à cette nouvelle technologie, et une expérimentation a eu lieu en 1970 avec des signaux Silec Standard au carrefour des rues de Jouffroy d'abbans et de Prony dans le 17ème arrondissement.
EDF a validé cette expérimentation comtpe tenu des gains très importants que les tubes fluorescents offraient en terme de maintenance. Les ingénieurs de la ville de Paris étaient en revanche bien plus réservés, car les tubes provoquaient un déphasage ce qui laissait penser aux contrôleurs de carrefour l'absence de rouge et les faisaient basculer au jaune clignotant de sécurité. EDF a finalement eu le dernier mot, et la ville de Paris a massivement investi dans le remplacement des lampes par des tubes fluorescents, tout en supprimant le contrôle du rouge.
Le Boulevard Périphérique
Le boulevard périphérique de Paris, autoroute urbaine ceinturant la capitale, a été inauguré en avril 1973. Il a été équipé de nombreux feux tricolores.
Tout d'abord, chaque traversée souterraine était équipée en amont d'un feu de part et d'autre de la chaussée. Ces feux étaient reliés à des interrupteurs appelés tirette d'alarme à l'intérieur des souterrains. Lorsqu'un automobiliste était en difficulté dans le tunnel (panne ou accident), celui-ci pouvait déclencher l'alarme, ce qui provoquait le passage au rouge des feux du souterrain, et stoppait ainsi la circulation sur le périphérique. Des systèmes identiques ont été installés dans toutes les voies souterraines de Paris. Ce dispositif s'est en réalité avéré totalement inutile car personne ne respectait ces signaux qui n'étaient pas centralisés et pouvaient rester des semaines au rouge sans que personne ne s'en inquiète. Ils ont finalement tous été déposés entre 1994 et 1996.
D'autres feux ont été placés aux accès de chaque porte du périphérique. Ils fonctionnaient en permanence au jaune clignotant et étaient déclenchés au rouge lors des fermetures du périphérique grâce à un interrupteur placé dans un boitier agent. Ces signaux ont également été déposés à la fin des années 1990, mais des mâts subsistent encore.
La maintenance
Durant les décennies 1960 - 1970, c'est toujours EDF qui est en charge de la maintenance de la signalisation lumineuse de Paris. Le nombre de carrefours étant grandissant (842 en 1967), EDF a du s'adapter : Paris a été découpée par secteurs, et une maintenance préventive a été mise en place avec le remplacement de toutes les lampes à incandescence deux fois par an.
Les moyens matériels de maintenance ont également évolué avec la mise au point de véhicules et d'outils spécifiques. Par exemple, une boite de contrôle de la colorimétrie était utilisé afin de remplacer les lentilles dont la couleur était trop altérée : la lentille à contrôler était placée au centre de la boite, et d'autres lentilles de teintes variables étaient placées autour d'elle.
La régulation
C'est en 1970 que les contrôleurs de carrefour électroniques vont commencer à être utilisés à Paris. Face à leurs ancêtres électromécaniques, les contrôleurs à logique câblée, également appelés à électronique statique, offraient d'avantage de fiabilité et de programmation. Cependant, leur coût était onéreux car il s'agissait de versions spécifiquement conçues pour la Ville de Paris. Entre 1970 et 1978, ce sont près de 250 contrôleurs électroniques qui ont été installés à Paris, de 4 constructeurs différents : Garbarini, SFIM, TRT et Electronique Marcel Dassault (EMD). Ils côtoyaient environ 800 contrôleurs électromécaniques.
À la fin des années 1970, plusieurs fabricants ont mis au point des contrôleurs électroniques de nouvelle génération : les microprocesseurs. Cinq modèles ont été testés par le laboratoire des équipements de la rue de la Ville de Paris, mais aucun n'était compatible avec le mode de programmation et les réseaux de coordination parisiens. Un cahier des charges spécifique a donc été établi en 1977, dans lequel la Ville de Paris s'est offert le luxe de définir son propre langage de programmation.
Suite à cet appel d'offres, cinq fabricants ont accepté de concevoir un contrôleur à microprocesseur spécifique pour la ville de Paris : Garbarini, Silec, SFIM, Thomson-CSF et IBR-CERCI (Electronique Marcel Dassault, EVR et SEA ont refusé). En 1978, cinq prototypes ont donc été livrés et testés, ce qui a permi d'affiner les exigences des ingénieurs de Paris, et un second appel d'offres a été lancé suite auquel trois contrôleurs ont été retenus et installés en série : Garbarini/Omera TAG (suite à l'échec de son premier protoype Garbarini s'est associé à Omera), SFIM Castor VPZ et Thomson-CSF. Les deux derniers contrôleurs de cette génération ont été déposés en 2017, et sont aujourd'hui conservés au sein des collections de la mission patrimoine profesionnel de la mairie de Paris.
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